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De l’insertion à l'autonomie alimentaire des Vosges

Faire le lien entre les acteurs du territoire pour une logistique des circuits de proximité : épisode 3

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Quel lien y a-t-il entre un maraîcher-arboriculteur en plaine, une coordinatrice prévention santé de montagne et un directeur d'association d’insertion vosgien ? Réponse : tous trois en créent justement, du lien, car tous sont au coeur de réseaux visant la souveraineté alimentaire à l’échelle locale, et tous cherchent des solutions pour que les producteurs locaux s’organisent collectivement et de façon autonome. Nous leur avons proposé une interview croisée, afin de comprendre les défis logistiques auxquels sont confrontés les acteurs des circuits courts selon leur territoire.

Hugues Laine dirige AGACI, une structure d'insertion dans les Vosges, fondatrice d’un magasin de producteurs. À ce titre il est également membre d’un collectif de structures qui a monté un projet de légumerie-conserverie-champignonnière. 42 producteurs sont concernés par le magasin et une dizaine par la légumerie.

LCDM : Qu’est ce qui a motivé votre souhait de développer de l’approvisionnement local ?

Hugues : Quand Agaci est entré dans les circuits courts, c’était d’abord pour favoriser l’insertion. Après avoir monté plusieurs Ruches, l’association avait noué des relations avec plusieurs producteurs et a fini par ouvrir un magasin de producteurs à Remiremont en 2016. Suite à cela, Agaci a été contactée par un groupement d'industriels pour trouver une solution d'approvisionnement local et solidaire pour leur restauration collective. L’association a alors monté dans le cadre d’un collectif de structures un projet de légumerie - conserverie- champignonnière avec pour but de structurer des filières d'approvisionnement pour tout le département.

Aujourd’hui l’ambition est de rendre les Vosges autonomes pour son alimentation. C’est le but de la légumerie, prévoir avec les producteurs en amont les récoltes et garantir un prix en début d'année. Ainsi nous assurons un revenu aux producteurs qui s'installent, rassurons ceux qui veulent s'installer ou s’agrandir. On a décidé de monter une filière car les agriculteurs de la région n'étaient ni organisés ni en mesure de le faire, ils n’en ont pas le temps.

Le problème ne se limite pas à la distribution, mais concerne toute la filière : pas d'organisation, pas d'outil de transformation.

LCDM : Comment s’organise aujourd’hui votre logistique, et quels sont ses inconvénients, le cas échéant ?

Hugues : Pour la légumerie, les agriculteurs produisent et c'est tout, c’est l’objectif. Nous allons donc chercher les produits chez eux, nous transformons et livrons les clients. La légumerie ça n'est qu’une partie du projet. À terme la volonté est de créer une structuration logistique complète pour éviter aux agriculteurs de se déplacer : une fois que nos camions seront sur la route pour la légumerie, ils pourront passer chez eux pour récupérer aussi pour les magasins.

Pour le magasin de producteurs : ils passent beaucoup de temps à livrer car lorsqu’ls se mettent dans une logique de circuit court, les producteurs travaillent souvent avec plusieurs magasins. Cela leur pose surtout un gros problème de temps, les agriculteurs ne regardent pas trop les coûts de transports. Certains ont renoncé à nous livrer à mesure qu’ils trouvaient des marchés plus proches, notre magasin étant trop loin.

Parfois on bricole : un producteur de farine ne peut pas venir jusqu'ici, alors il dépose chez la responsable de la légumerie, qui elle dépose au magasin en passant. Certains agriculteurs se rencontrent sur un autre magasin et échangent à ce moment-là pour que l'un vienne livrer ici. C’est une mutualisation empirique, ça ne marche pas toujours. Ça crée régulièrement des ruptures de stocks.

LCDM : Quelles pistes de solutions avez-vous ou souhaitez-vous mettre en oeuvre ?

Hugues : Pour la légumerie et la livraison de paniers (120 clients à livrer sur 3 jours) on utilise mapotempo, une solution d'organisation et de programmation de tournées, qui fonctionne bien.

Pour le magasin, j'ai cherché des solutions de mutualisation sur internet, mais toutes les structures qui ont voulu faire des “Blablacar” entre producteurs ont échoué. Il n'y a aucun trajet proposé dessus, alors on regarde une fois, deux fois et après on passe à autre chose. Il faut la masse critique dès le début. Réunir les producteurs autour d'un outil concret, c'est ce qui nous intéresse, comme avec la légumerie. Cela va leur permettre de prendre conscience du coût de la distribution, éviter de perdre leur temps chacun dans leur coin à développer des petites solutions.

Quand on veut gagner du temps, il faut savoir en perdre pour s'organiser. Nous devons prendre le temps de mettre en place des outils efficients pour par la suite multiplier les gains de temps.

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