Revenir au site

La récolte et le Maraîcher : anticiper l’incertain

Faire le lien entre les acteurs du territoire pour une logistique des circuits de proximité : épisode 2

· Articles

Quel lien y a-t-il entre un maraîcher-arboriculteur en plaine, une coordinatrice prévention santé de montagne et un directeur d'association d’insertion vosgien ? Réponse : tous trois en créent justement, du lien, car tous sont au coeur de réseaux visant la souveraineté alimentaire à l’échelle locale, et tous cherchent des solutions pour que les producteurs locaux s’organisent collectivement et de façon autonome. Nous leur avons proposé une interview croisée, afin de comprendre les défis logistiques auxquels sont confrontés les acteurs des circuits courts selon leur territoire

C’est à Céret, toujours dans les Pyrénées orientales mais en plaine, que Simon Redondo cultive trois hectares de verger adossés à une petite activité de maraîchage. Il a cofondé Kuupanda, un site de vente directe permettant aux producteurs de gérer leurs commandes en ligne. En tant qu’agriculteur, la contrainte logistique, c’est le moment de la récolte : il faut être réactif, et cela ne permet pas toujours d’optimiser ses livraisons.

LCDM : Qu’est ce qui a motivé votre souhait de développer de l’approvisionnement local ?

Simon : C’est la souveraineté alimentaire qui me tient à coeur. J’ai choisi l’activité agricole pour avoir un impact local, avec une dynamique familial. Le verger que j’ai repris est trop productif pour n’être que local pour le moment, mais petit à petit je noue des relation avec les petites épiceries, je diversifie de plus en plus pour répondre à la demande locale. En tant que “petit producteur”, j’apprécie la souplesse, je ne subis pas le stress de ne pas pouvoir fournir, je peux changer le jour de récolte, selon la météo. Ensuite je peux communiquer facilement à propos des changements grâce à l’outil numérique.

En local, il y a plus de petites commandes mais régulières, plus de contacts directs avec les clients et les autres producteurs. C’est économiquement plus contraignant qu’avec les grossistes, mais plus cohérent.

Avec le confinement nous avons tous eu plus de demandes de livraison aux particuliers, cela implique un rôle social intéressant, que j’ai envie de garder sans imposer la contrainte de l’Amap au consommateur.

LCDM : Comment s’organise aujourd’hui votre logistique, et quels sont ses inconvénients, le cas échéant ?

Simon : Par semaine, je vends sur un marché, je livre entre quatre et six restaurateurs à moins de 30 km et une vingtaine de paniers à des particuliers. Quand les restaurateurs sont engagés, on fait l'effort d’aller un peu loin, en espérant pouvoir mettre en place un jour une livraison plus intelligente, plus mutualisée. D’autres producteurs d’ici travaillent avec les mêmes restaurants, et parfois on s'y retrouve alors que l’on vient du même endroit : c’est frustrant ! Mais ça demande beaucoup d'énergie de s'organiser en amont.

Cependant la mutualisation se fait de mieux en mieux depuis qu’on on essaie de faire passer les restaurateurs par Kuupanda pour mieux les tenir informer et centraliser la prise des commandes. Reste alors à organiser la tournée. Nous avons un groupe WhatsApp sur lequel on s’informe de temps en temps des livraisons que l’on va faire pour pouvoir éventuellement s’échanger des produits à livrer. Parfois ça fuse ! Ça n’est pas systématique, mais quand ça fonctionne bien ça donne envie alors que ça fonctionne mieux !

Pour les fruits, on récolte puis on diffuse le catalogue à la dernière minute aux épiceries juste avant de livrer, jusqu’à trois fois par semaine. Parfois on fait l'effort entre maraîchers et brasseurs de colivrer. Quand on n’arrive pas à communiquer à temps, on y va seul et on se rend souvent compte que les autres y sont allés la veille, c’est dommage.

LCDM : Quelle pistes de solutions avez-vous ou souhaitez-vous mettre en oeuvre ?

Simon : Kuupanda vient de mettre en place un nouvel outil qui peut regrouper les catalogues d’un groupe de producteurs en une seule boutique. En lien avec cela, nous participons à l’expérimentation d’un nouveau service avec La Poste. Une fois les commandes passées sur la boutique groupée en ligne, les producteurs déposent le jeudi soir fromages, viandes et produits transformés chez un maraîcher. La Poste récupère tous les colis commandés le lendemain et livre à des particuliers dans un camion Chronofresh. Mais cela ne solutionne pas les déplacements que tous les producteurs doivent faire pour se rendre au point de dépôt, chez le maraîcher.

La mutualisation demande de prévoir à l’avance, impose de la rigueur : cela prend du temps au début, mais une fois que c’est posé, c’est efficace. C’est ce qui se passe avec Kuupanda. La rigueur, l’anticipation nous permet d'être plus efficace, de sortir de notre zone de débrouille, de prendre du recul. Un outil doit apporter de la tranquillité, du confort. Il nous faudrait un outil qui gère les tournées entre producteurs et les livraisons aux particuliers.

Tous Les Articles
×

Vous y êtes presque...

Nous venons de vous envoyer un e-mail. Veuillez cliquer sur le lien contenu dans l'e-mail pour confirmer votre abonnement !

OK