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Les Pyrénées : de la montagne à l’Espagne, un territoire contraignant

 

 

Faire le lien entre les acteurs du territoire pour une logistique des circuits de proximité : épisode 1

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Quel lien y a-t-il entre un maraîcher-arboriculteur en plaine, une coordinatrice prévention santé de montagne et un directeur d'association d’insertion vosgien ? Réponse : tous trois en créent justement, du lien, car tous sont au cœur de réseaux visant la souveraineté alimentaire à l’échelle locale, et tous cherchent des solutions pour que les producteurs locaux s’organisent collectivement et de façon autonome. Nous leur avons proposé une interview croisée, afin de comprendre les défis logistiques auxquels sont confrontés les acteurs des circuits courts selon leur territoire.

Stéphanie Machelart de l’Association Chemin Faisant, coordonne le PAT des Pyrénées Catalanes. Ici c’est principalement le territoire qui définit les contraintes à partir de trois éléments forts : d’abord un territoire rural de montagne, avec 10000 habitants à l’année et une assez faible production locale. Nous sommes à 100 km en route de montagne de Perpignan, dans la plaine productrice où se déroulent une grande partie des ventes directes. Le second élément influent c’est la frontière avec l’Espagne qui inonde le marché de produits à bas prix. Enfin, la région subit l’impact de l’immense plateforme d’import-export de fruits et légumes, Saint Charles International à Perpignan, déconnectée de toute logique locale.

LCDM : Qu’est ce qui a motivé votre souhait de développer de l’approvisionnement local ?

Stéphanie : Un diagnostic effectué en 2018 a fait ressortir le problème suivant : les restaurateurs locaux se plaignent que les produits locaux repassent par Rungis ou par des flux internationaux avant de les atteindre. Sur un territoire rural de montagne, la logistique constitue un problème fort de façon générale, les temps de trajet sont très longs entre les acteurs. Une configuration rurale de montagne signifie également peu de production. La plaine produit beaucoup de bio, mais cette production se vend souvent hors du territoire. Les produits ne “montent” pas jusqu’à nous, nous sommes trop isolés et la météo aussi peut jouer sur l'accessibilité : neige, orage, les gens ont peur de monter. En outre, la vente directe de produits locaux est tournée vers la clientèle touristique, ce qui n’assure pas en termes de produits et de prix un approvisionnement satisfaisant pour les habitants, ni une activité annuelle pour les producteurs.

LCDM : Comment s’organise aujourd’hui votre logistique, et quels sont ses inconvénients, le cas échéant ?

Stéphanie : La GMS a ses centrales, avec les produits espagnols à bas prix. Certains jouent le jeu des productions locales, mais c’est rare. La restauration collective et traditionnelle est livrée à 90% par un même grossiste, selon les chiffres de 2017. C’est un fournisseur reconnu et apprécié, mais pour qui il est trop compliqué aujourd’hui de développer les réseaux de petits producteurs.

Un travail est en cours avec la Chambre d’Agriculture des Pyrénées-Orientales pour qu'elle fasse le lien avec les producteurs locaux, qu’ils se regroupent et s’organisent de façon à ce que ce soit plus facile pour les acheteurs. Mais cela ne fonctionne pas assez car cela demande beaucoup de temps, et les agriculteurs n'ont pas de temps.

Le confinement a fait naître de nombreux systèmes de livraison à domicile. Ils ont permis de se rendre compte qu’il y avait une vraie demande de la population pour ces produits locaux, mais que les réseaux étaient mal identifiés. Ces réseaux de distribution éphémères étaient trop coûteux et certains pas assez organisés, mais ont eu pour effet de faire connaître les producteurs. Les agriculteurs locaux font remonter que si de tels réseaux se pérennisaient, ils pourraient stabiliser leurs revenus et leurs activités sur l’année.

LCDM : Quelle pistes de solutions avez-vous ou souhaitez-vous mettre en oeuvre ?

Stéphanie : Fluidifier les flux locaux permettrait de diffuser plus largement sur le territoire. Les temps de trajet étant très longs, il faudrait mutualiser les livraisons, car il y a beaucoup de circulation, de gens qui montent et qui descendent, mais souvent à vide, comme par exemple le grossiste qui redescend à vide.

Nous aimerions labelliser une logistique qui permette d’optimiser les trajets, de la certifier pour les règles d'hygiènes. Suite aux réseaux mis en place pendant le confinement, c’est le moment d'apporter une solution pour montrer que l’on peut maintenir des services nécessaires aux producteurs et aux consommateurs locaux.

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