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Recherche et logistique des circuits de proximité : optimiser dans l’incertain

Frédéric Semet, Chercheur INOCS Inria

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Frédéric Semet, professeur à Centrale Lille et chercheur chez l’Inria a souvent travaillé sur les problèmes posés par la logistique urbaine et la distribution en ville. Il est membre de l’équipe INOCS à Lille qui a accompagné Le Chemin Des Mûres.

LCDM : De quelle façon Inria et votre équipe en particulier accompagnent les entreprises ?

Frédéric : Inria - Institut national de recherche dédié aux sciences et technologies du numérique - accompagne le développement numérique en collaborant avec des entreprises de toutes tailles. L’institut fonctionne en équipes-projet. Chaque équipe écrit son projet scientifique. INOCS, transfrontalière, compte six permanents issus d’Inria mais aussi du monde universitaire : Centrale Lille et l’Université Libre de Bruxelles.

Tous les 4 ans nous écrivons notre projet de recherche et ensuite soit des chargés d'affaire font venir des projets d’entreprise, soit nous montons des projets à travers nos contacts scientifiques existants. Nous sommes bien sûr différents d’une société de service, d’une SSII. Nous produisons des codes informatiques recherche, des “preuves de concept”, mais nous ne fournissons pas de logiciel final clé en main.

La spécialité d’INOCS est d’optimiser des systèmes à structure complexe. C’est le cas du Chemin Des Mûres. Une structure complexe intervient quand on considère des décisions à temporalités différentes. Notre coeur de métier c’est d’optimiser dans l’incertain. On peut être amenés par exemple à s’occuper de modifications de tarification pour EDF en fonction de la demande énergétique. L’approche n’est pas d’augmenter les revenus d’EDF, mais plutôt d’induire chez les consommateurs (ici industriels) des comportements vertueux.

Une des grandes difficultés en logistique urbaine c’est qu’on ne connaît pas les clients finaux. Par exemple la Poste ne sait pas aujourd’hui qu’elle va devoir me livrer demain à tel endroit. C’est l’incertain. Alors on doit changer la granularité, se dire qu’on travaille sur des zones plus grandes que les adresses.

LCDM : Comment fonctionne votre collaboration avec Le Chemin Des Mûres ?

Frédéric : Avec Le Chemin Des Mûres nous faisons surtout de l’accompagnement scientifique afin qu’ils mettent en place les meilleures solutions. Nous sommes dans une démarche de conseil. Ils développent eux-même leur algorithme et leur application, nous les aidons mais nous ne leur créons directement pas leur code.

Nous exploitons les caractéristiques pour que le code garde une certaine généricité : le code doit rester modifiable en cas de nouvelle contrainte. INOCS veille à éviter d’aller jusqu'au point de surspécialisation d’un outil : il pourrait devenir parfait par exemple pour les particularités de la région lyonnaise, mais il ne s’adapterait pas à une autre région. Le code doit pouvoir évoluer.

Enfin, grâce au travail des stagiaires et des étudiants que nous accueillons, nous avons l’opportunité de tester d’autres solutions que celle choisie par Le chemin Des Mûres pour un même problème.

LCDM : Comment est née la collaboration avec ce projet ?

Frédéric : C’est d’abord une histoire de personnes. Deux d’entre eux sont passés par Inria. Ensuite plusieurs points d'intérêt nous rassemblent : nous avons déjà travaillé sur la thématique d’optimisation des circuits de proximité, mais de façon purement académique, théorique. Avant la création d’INOCS, nous avions également été interpellés sur des problèmes de mutualisation, mais sans aller au bout d’une démarche. Alors quand ils sont arrivés avec leur projet, la combinaison mutualisation et circuit de proximité a fait vibrer quelque-chose dans l’équipe, ça semblait évident de les accompagner. Maxime Ogier, le chercheur qui a beaucoup travaillé avec eux a fait sa thèse sur l’optimisation du transport depuis des producteurs en Rhône-Alpes vers des magasins et cantines situés dans la région grenobloise, en passant par des plateformes intermédiaires. Le problème qu’ils ont défini correspond aux thématiques de recherche d’INOCS puisque nous sommes face à des décisions prises sur différents horizons temporels, un besoin d’anticipation et une tarification des services et gains entre les acteurs.

LCDM : Quels sont les problèmes posés par l'optimisation d'une tournée de véhicule ?

Frédéric : Nous travaillons sur le modèle d'optimisation, sur le moteur qui va permettre de faire la planification des tournées, autour de deux contraintes principales : une planification à J-1 et une mise à jour au dernier moment en fonction des aléa.

Nous avons ici des chargeurs (ceux qui ont des produits à faire transporter) et des transporteurs (ceux qui transportent déjà leur produits et sont prêts à en transporter pour d’autres). La spécificité des circuits de proximité c’est que ces gens ne sont pas des transporteurs professionnels, mais des producteurs. Le problème principal pour eux, c’est le temps qu’ils passent à transporter au lieu de produire ou cultiver.

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